jeudi 5 février 2015

Jupiter Ascending : Créer la vie.

Petit point rapide sur le paysage du cinéma à grand spectacle dans le monde en 2014 : sur les 10 premiers films au Box Office, on trouve exactement un film original (pas une suite, pas tiré d'une série de bouquin ou d'une putain de gamme de jouets débiles), et presque en bas du classement à la 8ème place. Il s'agit d'Interstellar. Et qu'est-ce que ça veut dire original ? Parce qu'Avatar, il y a quelques années, était un film de SF original alors que son histoire ne l'était pas du tout. Mais le monde qu'il présente, si. Le space opera a cette capacité à nous offrir plus que ce que la narration, une véritable découverte esthétique.


Voilà un long moment qu'on attend ce film. Jupiter Ascending, le nouveau film des Wachowski après le sublime Cloud Atlas (une adaptation pour le coup, et une bonne) co-réalisé avec Tom Twyker, devait sortir cet été mais TimeWarner l'a relégué à la période cimetière des blockbusters. Et ça, les amis, ça pue du bec façon tas de fumier radioactif parfumé à la vinaigrette à la framboise. Parce que l'on assiste peut-être là à la fin de la carrière d'un duo qui a ouvert l'Occident à la culture asiatique et a changé le cinéma d'action pour toute une génération. Je me prends même à imaginer qu'il s'agit d'une attaque personnelle envers Lana Wachowski, je crois que je préférerais cela à des raisons commerciales. Ce serait affreux, mais au moins on serait dans des questions humaines, pas des questions de marché.


Jupiter Ascending n'est pas vraiment original du point de vue l'histoire, et c'est bizarrement ce qui fait sa beauté. De par ses archétypes, il parvient à se rattacher à des contes, des mythes connus de tous... Jupiter Jones (jouée par la plus belle, Mila Kunis) s'apparente à Cendrillon, en commençant par nettoyer des toilettes avant de vivre aventures et amour au sein d'histoires de familles royales gouvernant l'univers, aux côtés d'un policier de l'espace déchu (Channing Tatum) avec des bottes volantes qui est prêt à tout pour sauver sa demoiselle en détresse, en toutes circonstances. Ici, avec juste une phrase, on peut se rendre compte de la densité du film : le monde présenté par les Wachowski est PUTAIN DE GIGANTESQUE, ce qui rend une partie du film assez didactique et rébarbative. Mais on lui pardonne son exposition omniprésente pour la grandeur, la naïveté enfantine qu'il arbore en racontant son univers ; impossible d'avoir du cynisme dans une telle position, il faut vraiment se laisser happer et rêver. Et attention, absence de cynisme ne veut pas dire absence d'humour : le film est très drôle et se permet même une scène assez improbable façon Terry Gilliam/Les Douze Travaux d'Astérix.


C'est sur cette apparente simplicité que se construise des thématiques très riches et que l'on retrouve les passions des Wachowski, qui racontent toujours la même histoire au final : l'injustice des puissants et la révolte des exploités, l'héroïsme d'un groupe d'individus face à la tyrannie des égoïstes. Ainsi se côtoient l'infiniment grand - le cosmos- et le minuscule - les abeilles - et la notion d'identité, de l'individu face à la famille... Le tout sert illustré par des scènes d'action gigantesques et tout ce qu'il y a de plus épique. Au fur et à mesure du film, j'ai rapetissé dans mon siège jusqu'à me retrouver mes 6 ans, lorsque Le Retour du Jedi est re-sorti au cinéma. Dès lors, on se perd dans le film, on rêve d'être les héros et surtout, on souhaite que le film ne s'arrête pas et que la dernière des péripéties ne le soit jamais.

Alors gloire à ces créateurs qui osent insuffler de la vie à des mondes bâtis de toutes pièces, à une époque où le risque est majeur ; et si c'est la dernière des Wachowski, et bien merci. Merci de nous rappeler que le cinéma est spectacle, et que l'on applaudit à la fin.

Force Majeure (Snow Therapy) : Traité de la virilité de l'homme en milieu frisquet


Deuxième film du mois pour moi, un drame suédois avec Johannes Bah Kuhnke (quoi ? Vous ne connaissez pas cet acteur ? Mais siiiiii. C'est le robot Rick dans la série Real Humans !). Snow Therapy est l'autre - titre bien ridicule mais malgré tout approprié - de Force Majeure (son titre au festival de Cannes, où le film a eu le prix du Jury de la sélection Un Certain Regard). Pourquoi approprié ? Parce qu'il résume exactement le propos du film. Pourquoi ridicule ? Parce qu'il est bien trop rentre-dedans et tape à l’œil pour une oeuvre aussi sobre et maîtrisée.


Ruben Östlund, qui en est à son quatrième long-métrage et qui a début comme réalisateur de vidéos de ski (ça ne s'invente pas) s'empare d'une famille fragile sous des dehors mensongers. La première scène du film montre un photographe touristique arrêtez le couple et leurs deux enfants en pleine montagne pour réaliser une série de clichés modèles. Le réalisateur (et scénariste) décide alors de déclencher une catastrophe mineure sur cette pauvre famille afin d'en révéler les fissures ; et scène après scène, avec une répétition insoutenable, il gratte et gratte le vernis jusqu'au pétage de plomb.


Deux heures de film, cinq jours de vacances au ski durant lesquels les lieux, les situations et rituels se répètent sans stagner : la remontée mécanique, les coups de feu des avalanches contrôlée, les brossage de dents, les disputes dans le couloir sous les yeux d'un technicien aussi curieux que le spectateur. Östlund se sert de la montagne comme un révélateur et détruit totalement le personnage du père de famille, il le met à nu et montre ce qu'un enfant ne veut jamais voir : un père vulnérable, faible, trouillard. C'est rare de voir un personnage masculin aussi malmené de la sorte, et à ma grande surprise, lorsqu'il craque enfin, une bonne partie du public (surtout féminin, à l'oreille) a trouvé cela extrêmement drôle. Il est vrai que le pathétique côtoie facilement le ridicule, et c'est indéniable sur ce passage, mais tout de même...


Je ne peux pas non plus parler de Force Majeure sans mentionner la mise en scène. J'ai rarement vu un film aussi sobre dans son langage : la quasi totalité des plans du film sont fixes, et très longs, comme si les caméras étaient figées dans le froid (hé, il fallait oser faire une métaphore aussi pourri, je l'ai fait, passons à autre chose). Cela donne une véritable puissance émotionnelle à la fois au montage, puisqu'une grande partie de la compréhension de l'image repose sur une connaissance et une absence de connaissance du hors champ, et aux mouvements extrêmement rares. (les scènes de ski d'ailleurs, sont superbes. Ce que je comprends mieux depuis que j'ai regardé la bio du réalisateur). Réussir à en dire autant, en utilisant si peu, ce n'est pas à la portée de tout le monde mes chers ! Un exemple: la caméra se fait oublier lors des nombreuses scènes de brossage de dent, alors qu'elles sont toutes face à un miroir ! Certes, c'est un tour de passe passe numérique, mais c'est fait avec tant de subtilité et de discrétion qu'à aucun moment pendant le film on ne s'interroge sur la technique.


Enfin, il me faudrait trois paragraphes de plus pour parler de la fin du film, mais je ne veux pas mettre trop de spoilers sur mon blog, donc je vais me retenir. Mais si certains l'ont vu et veulent en parler, ce sera avec plaisir

Papa ou Maman : lol le divorce.

J'ai découvert ce film par le biais du Festival de la Bande-Annonce au Grand Rex le mois dernier, et clairement Papa ou Maman faisait tout sauf envie. Et puis, à la suite d'une conversation avec une amie sur la nature même de l'oeuvre bande-annonce, sur les mensonges et les raccourcis qu'elle peut transmettre, nous avons décidé de lui donner une chance et de confronter le film à son appareil de promotion.

Papa ou Maman est une comédie noire qui met en scène un couple qui souhaite divorcer. Ils ne sont plus passionnés, sont encore amis et veulent faire ça calmement... sauf qu'ils ont des enfants. Et par des éléments de scénario pas franchement convaincants mais corrects au vu du ton général du film - peu réaliste, mais même comme ça pas totalement vraisemblable - , les parents vont annoncer à leurs enfants qu'ils divorcent, et les laisser choisir avec qui ils souhaitent vivre. Seulement, plutôt que de les couvrir de cadeaux pour les acheter, ils vont tout faire pour ruiner chaque instant de leurs vies.


Là dessus, le film ne se rate pas : c'est immoral, c'est gratuit, et c'est ça qui est drôle. Dès que les parents deviennent inventifs et que le crescendo des coups de putes déferlent sur ces trois mômes - assez insupportables d'ailleurs -, c'est jubilatoire. Malheureusement, en dehors de cela, le reste est très classique. Même pas mauvais d'ailleurs, juste sans surprise. C'est une comédie sympa sans plus, et une bonne occasion de voir deux très bons acteurs s'éclater (Laurent Lafitte et Marina Foïs, franchement la Comédie Française et les Robin des Bois en couple, ça a quelque chose de magnifique non ?).



Ce que l'on retiendra du film, c'est surtout sa première scène. Papa ou Maman est un premier film, ce qui est souvent synonyme de prouesses techniques totalement inutiles - ce n'est pas une critique attention, je fais la même chose avec mes courts-métrages, c'est normal d'expérimenter à ses débuts et de vouloir se lancer dans l'expression cinématographique grandiose avec candeur -. On commence donc avec un plan séquence de course poursuite totalement déglingué en plein milieu d'une fête au moment du nouvel an. Et le plan n'a beau avoir aucune raison narrative ou esthétique pour se retrouver là, on s'en contrefout : il est superbe et c'est sacrément cool. Donc si vous avez un Pass UGC et que vous avez cinq minutes à tuer, allez voir ce film, puis sortez après la première scène, vous ne le regretterez pas.

vendredi 30 janvier 2015

Une merveilleuse imitation du temps : The Theory of Everything / The Imitation Game

Comme pour confirmer ce que je disais au sujet des Nouveaux Héros dans une chronique de la semaine dernière, place aux scientifiques. Universal et les britanniques de FilmNation suivent le mouvement actuel - et logique - qui met en avant des hommes et femmes de science pour en faire nos héros. Ce qui n'est pas surprenant ; autrefois c'était les hommes politiques, les instituteurs, les pasteurs... le héros du monde moderne libéral, c'est le scientifique.


The Theory of Everything et The Imitation Game sont deux biopics (ce qui veut dire : on va vous raconter des faits historiques et jouer sur le poids émotionnel que cela apporte en plus) extrêmement classiques, parfaitement calibrés pour les cérémonies de remises de prix : des histoires belles et tragiques, des rôles principaux d'êtres inadaptés à la fois physiquement et psychiquement, et des comédiens et comédiennes mis en valeur. Mais classique ne veut pas forcément dire ennuyeux, sans saveur ; on peut faire les choses efficacement et toucher, raconter réellement quelque chose avec force, sans se démarquer de la norme. Les biopics sont sans doute l'exemple phare du classicisme cinématographique avec les films d'action, aussi se doivent-ils d'exceller pour ne pas être rapidement oubliés. Et ces deux films sont très bons ! Voilà c'est dit, vous pouvez passer votre chemin maintenant. Ou bien je continue ? Bon, ok !


The Theory of Everything (Une Merveilleuse Histoire du Temps) raconte la vie de Stephen Hawking, scientifique et star populaire qui souffre d'une maladie qu'il lui a laissé deux ans à vivre... il y a là des dizaines d'années. Le film se penche très peu sur la dimension professionnelle de sa vie, sur ses découvertes (peut-être parce que, somme toute, elles ne sont pas si importantes que cela ? Surtout comparé à Turing...), et préfère montrer l'évolution de sa vie avec sa femme (jouée par Felicity Jones, absolument éblouissante), qui doit s'occuper de lui au fur et à mesure que son état empire. D'ailleurs, il est adapté du livre de Madame Hawking, ce qui explique l'angle d'approche choisi. Felicity Jones rappelle ainsi Suzanne Clément dans Laurence Anyways, qui accompagne l'homme de sa vie alors qu'il se transforme... Bref. Les acteurs sont époustouflants, absolument tous, surtout Eddie Redmayne - bien sûr - qui fait un travail corporel ahurissant et le film est incroyablement touchant : une scène entre Stephen et sa femme vers la fin du film m'a personnellement mis un coup au coeur franchement violent. Un peu comme si Colin Firth m'avait latté la tronche si fort que j'en étais devenu dépressif (allez voir Kingsman, allez voir Kingsman). Cependant, une fois le film terminé, on se prend à se demander quel était son but. Au final, en dehors de la romance, l'histoire ne va nulle part, et s'il est indéniable que ce sont 2h délicieuses à passer au cinéma, une fois sorti de la salle on risque de l'oublier trop rapidement.


C'est là que The Imitation Game remporte la manche (comment ça c'est pas un concours ? Mais si ! Même que ça s'appelle "Renaud décide le meilleur biopic scientifique des Oscars selon des critères totalement arbitraires, puisque c'est lui l'arbitre), puisqu'il s'est tout aussi excellent en termes de professionnalisme jeu, cinématographie, montage, décors et costumes...), son histoire est bien plus importante. Alan Turing est un mathématicien qui a conçu une machine aidant à décoder les messages codées du 3ème Reich pendant la Seconde Guerre mondiale, mais qui n'a jamais été reconnu publiquement pour son travail. Pour être plus précis, il s'est quand même bien fait niquer la gueule sévère même, alors que c'est globalement grâce à lui que l'Angleterre s'en est sorti... mais vous me dîtes, Renaud, là on ne parle plus de cinéma ? Tu es en train de dire que c'est un meilleur film parce que la véritable histoire est plus intéressante/importante, alors que le cinéma, ce n'est pas la vie, c'est le mensonge, l'imitation la duperie la supercherie ?


Et ben ouais. C'est exactement ce que je dis. Parce qu'il n'y a pas d'art plus démocratique et populaire que le cinéma, et qu'une histoire pareille mérite d'être racontée, même si c'est fait par le biais d'un medium qui va dramatiser l'Histoire et la faire rentrer dans le cadre d'une narration classique ! Car quoi qu'il arrive, nous créons des histoires, même en étudiant notre passé (cf. mon mémoire de M2, woot woot), et si transformer un peu la vérité pour la transmettre ici est nécessaire, alors c'est un mal pour un bien. Parce qu'une telle histoire mérite d'être connue, parce qu'il faut connaître Alan Turing et son oeuvre, c'est une question morale. Et l'art peut-il transmettre une morale ? Souvent, je réponds que non, et que si c'est le cas c'est dégueulasse. Mais là, je réponds plutôt : allez vous faire foutre, ce film est d'une importance capitale pour l'humanité un point c'est tout, et nos enfants à l'école devrait apprendre que si les Alliés ont gagné la guerre, ce n'est pas parce qu'ils étaient plus forts ou parce que c'étaient les gentils, c'est parce que des hommes et femmes de science, détachés de toute question de morale, ont inventé quelque chose. Et si Turing est pensé par certains comme un monstre, une machine, il est au contraire le plus humain de tous. Je vous réfère ici à mon passage préférée du film, lorsque petit Turing découvre les langages codés grâce à son ami Christopher, et qu'il compare cela aux véritables interactions sociales : tout le monde dit des choses pour en sous-entendre d'autres, et le langage est un code permanent...

Bref je me tais, ces films sont bien, surtout celui sur Turing, tous les acteurs et actrices sont magnifiques, allez les voir. Voilà.

mercredi 28 janvier 2015

Into The Woods : Charmant, mais pas sincère

Ce mercredi sort en France la nouvelle adaptation musicale de Rob Marshall (surtout connu pour sa version cinéma de Chicago), Into The Woods, adaptée de la comédie musicale du même nom de Stephen "fuckin Genius" Sondheim et de James Lapine. Il s'agit d'une reprise de plusieurs contes des Frères Grimm dans une approche plus sombre, où les personnages se croisent et sont confrontés au désenchantement, à la mort du happy end: Cendrillon, Raiponce, Jack, le petit Chaperon rouge... des princes, une sorcière, et un triste couple qui veut à tout prix un enfant.


Et donc qu'en est-il de ce film ? Tout d'abord, il faut noter qu'une adaptation était en projet depuis longtemps, et c'est finalement Disney qui a eu le dernier mot. Ce qui veut donc dire que certains points narratifs et thématiques n'allaient certainement pas survivre à l'adaptation ; ce qui n'est pas forcément un problème en soi, toute bonne adaptation est une trahison après tout, mais c'est surtout une question de goût. Des morts affreuses, des passages outrageusement sexuels sont retirés, mais le ton, l'atmosphère du désenchantement persiste... un peu. Je fais parti de ceux qui auraient voulu voir le tout aller plus loin, tout comme j'aurais voulu voir certaines chansons rester dans le film ("No More", que chante le boulanger à la fin), pour leur impact émotionnel. Cependant de nombreux passages (dont trois nouvelles chansons composées par Sondheim) ont été coupés au montage, donc peut-être puis-je espérer une version longue plus riche ?


La musique est belle, l'instrumentisation est délicieuse et bien plus riche que celle de l'enregistrement de Broadway, les acteurs sont excellents (j'y reviendrai), les images sont plutôt belles et les effets numériques sont de très bonne facture. Bref, c'est "bien fait" quoi. Et c'est exactement ce que je reproche à la direction du film : tout est fait pour être joli, plaisant, mais sans jamais s'attaquer à la chair de l'oeuvre. Ce sont trente-six plans par minute, une caméra sans cesse - sans cesse ! - en mouvement sans aucune raison dramatique, des effets visuels dans tous les sens... c'est très flashy mais à aucun moment ou presque cela ne sert l'histoire et l'émotion qu'elle porte ! J'irai même jusqu'à dire que la direction de Rob Marshall dessert la musique de Sondheim, qui elle n'a jamais rien de "spectaculaire" au sens bas du terme.


Au contraire, Sondheim considère que la musique et les paroles doivent servir l'émotion, il ne fait pas d'artifices comme on peut entendre dans la majorité des comédies musicales (une montée d'un demi-ton sur la fin de la chanson pour démontrer les prouesses vocales des acteurs, des escaliers des graves et aigus, des démonstrations de technique...), il tente au maximum d'aller vers une authenticité, une vérité, et pour cela il faut, mon cher Rob Marshall, que tu poses ta putain de caméra, et que tu filmes tes acteurs en train de chanter plutôt que d'aller danser la valse avec ton optique !! Et puisque l'image amuse sans transmettre de message clair, le ton du film est très indécis. Cela peut (et c'est peut-être) un parti pris auquel simplement je n'adhère pas : les contes mélangés donnent lieu à des ambiances et des atmosphères différentes, allant de la farce la plus ridicule et surjoué au drame.


Et la forêt, personnage principal sous bien des aspects, semble tout droit sortie des films du Hobbit de Peter Jackson ; tout semble faux, et on se prend (je me prends ?) à rêver aux films de genre des années 80 qui utilisaient des vrais décors et savaient nous enchanter avec simplement cela, parce que cela semblait nouveau ET familier à la fois. Bref, pour que l'émotion naisse et embellisse le chant, j'attendais plus d'authenticité et moins de parade, ce qui est finalement, au vu du sujet du film, un assez gros contresens.


Malgré tout ! Je ne suis pas qu'un gros crevard, et il y a beaucoup de choses que j'ai pu apprécier dans le film. Pour n'en citer que deux : Meryl Streep et Chris Pine. La première, encore nominée aux Oscars pour sa performance, rappelle encore une fois que si c'est facile de blaguer sur son abonnement systématique à la cérémonie, elle le mérite sa maman en slip léopard ! Meryl Streep est vraiment ahurissante, et sa chanson avec Raiponce est un des rares moments réellement bouleversant du film. Quant à Chris Pine... je ne peux l'expliquer. Il faut le voir pour le croire... Le capitaine Kirk joue aussi le Prince Charmant, et il le fait avec tellement de surjeu et d'exagération qu'il est difficile de comprendre ce qu'il fait vraiment. Sans aucun doute une performance à voir, pour le croire.

Fin de l'article les poulets.

lundi 26 janvier 2015

Nightcrawler et Foxcatcher : avec l'Amérique dans le rôle de : les Etats-Unis !

Parmi les films les plus reconnus par la critique et le public à la fin de l'année 2014, on trouve deux films extrêmement noirs et très rafraîchissant, tous deux dépeignant les facettes les plus sombres des Etats-Unis : violence et obsession de l'image, de la représentation si belle - qui ne peut naître que d'un acte de violence.

Je dis par la critique, et non pas par l'académie ou les cérémonies, puisque ni Jake Gyllenhaal - qui incarne le "héros" de Nightcrawler - ni Channing Tatum - rôle principal de Foxcatcher - n'ont été nominés aux Oscars, malgré le fait que la performance du premier soit ma préférée de l'année entière (Pardon ? Mon avis n'aurait donc aucune importance ? Mais j'ai vu 126 films sortis en 2014 quand même ! Non ? On s'en fout ? Ok alors !). Foxcatcher n'est pas non plus nominé pour l'Oscar du meilleur film malgré ses nominations dans les autres catégories "majeures" (comme le disent les critiques bien placés, qui semblent oublier que l'académie récompense également les avancées scientifiques et met toujours l'accent - un petit accent - sur les prouesses visuelles et sonores du cinéma spectaculaire)... quant à Nightcrawler, il peut être très content d'avoir reçu une nomination dans la catégorie Meilleur Script Original, que Dan Gillroy mérite amplement. Passer du semi-nanar film cool Real Steel à ça, franchement je trouve ça beau.


Foxcatcher raconte la rencontre (véritable) entre un milliardaire descendant d'une famille fondatrice de l'histoire des Etats-Unis et un catcheur ; le premier est fou, excentrique, dangereux et passionné par la force physique, le deuxième est simplet, calme, inoffensif et champion olympique de lutte. Le milliardaire, joué par Steve Carell - qui transforme son Michael Scott de The Office pour en faire un monstre vulnérable et dérangé - décide de financer l'équipe nationale de lutte. Sa façon à lui de participer à l'effort de démonstration de la puissance américaine au moment de la Guerre Froide... ce qui est en accord avec l'histoire de sa famille, qui dès les débuts du pays a fourni des munitions aux révolutionnaires. Donc... il est fou, le catcheur est très influençable, très vite ça part en sucette quoi.


Nightcrawler suit un homme qui est, contrairement à ce que l'on peut lire ici et là, tout sauf fou. Il a des traits de sociopathe, mais ressemble aussi à quelqu'un qui aurait le syndrome d'Asperger. Le personnage de Jake Gyllenhaal veut réussir à monter son entreprise, gravir les échelons bref vivre le rêve américain en plein Los Angeles quoi ! Pour ça, il a étudié les affaires et les comportements humains. Il se lance par un coup du hasard dans la vidéo : les "nightcrawlers" sont des pseudos-journalistes qui guettent les accidents, meurtres, et vols en écoutant les radios de la police afin de filmer des scènes bien dégueulasses, puis les vendre aux émissions "d'information" locale qui pourront ainsi terroriser leurs spectateurs à grands coups de sensationnalisme malsain. Parce qu'attention, on ne diffuse pas n'importe quoi : un vol dans un beau quartier résidentiel blanc oui ! Un meurtre entre mexicains dans un coin glauque, ça n'intéresse personne (Vous vous souvenez de la fin de Boyz n the Hood?), il faut que les citoyens se sentent en danger !


Deux films donc qui parle des Etats-Unis et de sa mise en scène, sa mise en image. Les deux œuvres sont parasitées par les images, c'est-à-dire par des commentaires sur la réalité, l'invention d'une narration qui vise à construire un rôle. L'Amérique, c'est le masque qui cache le vrai pays : c'est John DuPont (Steve Carell) qui dirige un documentaire sur son rôle de coach et de leader de l'équipe de lutte, c'est Lou Bloom (Jake) qui déplace des photos de famille sur un frigo pour les mettre à côté des impacts de balle... l'invention, qui devient ensuite le message transmis par les médias. On en revient alors à 1984, avec ce héros dont le travail consiste à modifier les journaux du passé pour que le gouvernement ne se contredise jamais... lorsque le message est diffusé, lorsque le mensonge est sur toutes les lèvres, devient-il vérité ? La réflexion est d'autant plus intéressante que le cinéma est le medium le plus adéquat pour une telle réflexion sur l'image ; non pas que ces deux films eut besoin d'être métaphysique pour déchirer leur maman, mais avouez que c'est un plus non négligeable !


Pour des raisons personnelles, j'ai préféré Nightcrawler, ne serait-ce que pour son utilisation aberrante - c'est-à-dire géniale - de la musique : les thèmes et motifs qui accompagnent les succès de Lou Bloom sont similaires à ceux qu'on entendrait dans un film de super-héros (le compositeur a co-composé The Dark Knight et a dirigé toute la saga Hunger Games), et ce malgré la nature absolument abjecte et immorale de ceux-ci.
Bref. Vous voulez de la fichtre de bonne performances d'acteurs, de la direction extrêmement discrète et bien mesurée, des histoires assez excellentes et par dessus cela une réflexion sur la notion d'image, je vous recommande ces deux bijoux.


jeudi 22 janvier 2015

Kingsman : LE MEILLEUR PUTAIN DE FILM DE TOUS LES PUTAIN DE TEMPS

Non. Ce n'est pas vrai. Là, je viens de vous mentir. Mais maintenant vous êtes en train de lire cet article, donc, ça a marché ! Même pas honte, et vous savez pourquoi ? Parce que je veux vraiment vous parler du nouveau film de Matthew Vaughn, et je veux vraiment que vous alliez le voir, et que vos amis aillent le voir, et que votre grand-mère et son petit caniche aillent le voir. Ou plutôt non, pas votre grand-mère... elle risque de trouver ça un peu bizarre.

Le Grand Rex a proposé cette semaine une avant-première de Kingsman, qui sortira sur nos écrans le 18 février prochain, et je veux et j'exige un succès commercial pour ce film chez nous ! Voici donc deux trois mots sur le film, toujours sans trop dévoiler sur le contenu.


Matthew Vaughn est un homme de grand spectacle. Il aime le cinéma de genre et la démesure - celle qui montre un réel attachement et un amour, pas celle qui s'exprime par le sarcasme et le cynisme des désœuvrés - et l'a montré à travers sa filmographie. En fait, ses films rappellent un peu le jeu vidéo Comix Zone ; on a sans cesse l'impression d'être dans une bande dessinée pulp totalement déjantée... et d'ailleurs, trois de ses cinq films sont adaptés de comics.


Après s'être attaqué aux films de gangster (révélant au passage un certain Daniel Craig, qui deviendra James Bond, c'est mon moment "coïncidence rigolote" façon Karim Debbache) avec Layer Cake, aux épopées merveilleuses avec Stardust (il a d'ailleurs retiré le cynisme de l'oeuvre d'origine de Neil Gaiman) et aux films de super-héros avec Kick Ass et X-Men First Class, Matthew Vaughn adapte à nouveau un comic écrit par Mark Millar, Kingsman. Et ça parle de quoi ? D'une agence d'espionnage so british avec notamment Colin "so swagg" Firth et Michael "Alfred" Caine, et d'une nouvelle recrue un peu... un peu prolo. En gros, c'est My Fair Lady sauf qu'à la place d'Audrey Hepburn, on a un jeune loubard au grand coeur. My Fair Lady, mais en film d'espionnage avec des explosions partout, de la violence totalement gratuite et franchement tarée, et un scénario sans aucun complexe.


Matthew Vaughn aime les films d'espionnage à l'ancienne, il en aime les codes et joue avec tout en ajoutant son propre style : des bastons absolument outrancières filmées avec un dynamisme qui rappelle les débuts de Guy Richie (je vous promets une scène mais vraiment d'anthologie dans une église extrémiste), de l'humour bien rentre dedans, une histoire dans la surenchère absolue, des couleurs flashy et le tout enrobé dans une musique entraînante et épique signée Henry Jackman... sans oublier le placement de produit le plus ABUSE de l'histoire de la vie. Michael Bay et le mec qui a fait World War Z peuvent aller se rhabiller, Matthew Vaughn a calmé tout le monde là.


Le réalisme, on s'en contreflanche ici. Matthew Vaughn prend le contrepied total de la tendance actuelle et signe une déclaration d'amour explicite (et même ultra explicite, vu que les personnages eux-mêmes le mentionnent) au cinéma d'espionnage pulp sans complexe, aux histoires rocambolesques, aux héros magnifiques et aux méchants hauts en couleur. Et à ce sujet... Samuel L. Jackson joue le vilain bonhomme dans Kingsman, et vu comment Vaughn avait scotché tout le monde avec De Niro dans Stardust (il joue Capitaine Shakespeare, un pirate sanguinaire totalement gay qui danse dans ses appartements en portant des robes), attendez-vous à ce qu'il ajoute un petit plus à la performance de Jackson. Qui plus est, les convictions du méchant du film sont honnêtement bien trouvées.


Qu'est-ce qu'il faut que je dise de plus pour vous donner envie de voir ce film ? Vous dire que Mark Hamill joue dedans ? C'est le cas. Vous dire que Colin Firth tabasse un type avec une Bible ? C'est le cas. Vous dire qu'une nana se bat avec des lames qu'elle a à la place des pieds ? C'est le cas. Vous dire aussi que la salle entière du Grand Rex n'a cessé de rire aux éclats et a même applaudi certaines séquences durant le dernier acte ? Vous dire enfin que dans ce film on assassine des bébés ? Non, ça n'est pas le cas, et si vous voulez voir des bébés morts, n'allez pas voir ce film, allez plutôt voir un psy.

Enfin, ce film compte pour moi parce que c'est un film de Matthew Vaughn, et que ce monsieur, c'est un peu le réalisateur fétiche de mon petit frère et moi. Nous avions adoré Kick Ass et X-Men avant de découvrir ses autres films, puis désespéré quand il a annoncé ne pas réaliser Kick Ass 2, ni X-Men Days of Future Past... mais à la place, il a fait ça. Et pour cela, nous lui disons, merci. Merci pour un film qui fait du bien au cinéma actuel.

Dans ta face ouais.