dimanche 8 janvier 2017

10 trucs pour apprécier le film d'Assassin's Creed

métaphore de l'échec du film, très subtile.

La légende dit...

Qu'il existe une prophétie décrivant la venue miraculeuse depuis les cieux, d'une oeuvre cinématographique de qualité qui serait adaptée d'un jeu vidéo. Seulement voilà, les légendes c'est pour les ploucs et les films étranges de Ridley Scott (coucou Tom Cruise). Dans la vraie vie, celle du réchauffement climatique, du 49.3 et des gens qui se déplacent en segway, les films adaptés de jeu vidéo sont tous mauvais.

Et ce n'est pas parce que Justin Kurzel réalise, et que Michael Fassbender et Marion Cotillard jouent dans Assassin's Creed qu'il faut espérer le voir échapper à la règle. Cher jeune cinéphile fan de jeux vidéos que je vois au fond de la salle, tu peux éteindre tes lueurs d'espoirs et pleurer un bon coup dans le noir, parce que c'est toujours pas pour maintenant. Ton tour viendra... un jour, peut-être.


En attendant, continue de regarder Scott Pilgrim en boucle, et lis donc cet article pour voir comment tu peux tenter d'apprécier le film d'Assassin's Creed. Si jamais tu es encore assez motivé pour t'y rendre.
  • 1. Le voir en VF
Parce que les répliques sont tellement stupides que si on les imagine en français, ça doit donner un sacré bonus en matière de connerie et rendre le film potentiellement tolérable. Ma préférée, c'est quand Marion Cotillard dit à Fassbender : "tu as juste une scission neurologique, rien de grave".
  • 2. Aller voir une version où toutes les répliques sont coupées du montage
Faut pas non plus abuser, elles sont vraiment totalement ridicules et on dirait que les comédiens et comédiennes sont franchement gêné de devoir prononcer des bêtises pareilles. Alors qu'en fait, ils sont tous franchement bons dans le film ! Dès qu'ils n'ont pas à parler. Du coup, si on retire tout le texte, on devrait avoir un superbe film muet avec de belles performances et pas mal d'action.
Vous vous dîtes peut-être qu'on risque là de perdre le fil du scénario. Je répondrai que je ne vois pas le problème.
  • 3. Aller voir une version où il n'y a que les scènes qui se déroulent en 1492
Oui, en fait Assassin's Creed à l'origine, c'est un jeu où des parties chiantes ont lieu dans le présent, et des parties cool ont lieu à différentes époques avec les ancêtres des personnages du présent. Du coup, les créateurs du film ce sont dit qu'ils allaient faire en sorte que 75% du film se passe dans le présent. Spectateur, émerveille-toi devant les murs blancs immaculés, le décor vide et le bras mécanique magique qui t'envoie dans le passé, probablement désigné par un ingénieur se nourrissant principalement de rails de coke !
Ou alors, on enlève tout ça. Et on garde des scènes aux visuels super moches qui ne donnent jamais l'impression d'un moindre lieu palpable, à l'action super décousue et au montage totalement pété, dans lesquelles Michael Fassbender tranche des gorges en passant sa lame à 10cm de la gorge de ses ennemis, et raconte des conneries en espagnol.
Ce qui certes, ne donne pas envie, mais au moins certains bouts de chorégraphie sont pas dégueu, et au moins en enlevant la partie dans le présent, les scènes d'actions auront peut-être un minimum d'impact émotionnel sur le spectateur. Sérieusement, c'est un peu la leçon numéro un du film d'action : si ta course poursuite met en scène des types qui n'ont littéralement aucun impact sur l'histoire... personne n'a envie de la regarder !
  • 4. Aller voir une version où il n'y a que les scènes de l'aigle
Personne ne sait pourquoi, ou alors ça devait être dans la note d'intention qui ne nous a pas été distribuée au cinéma, mais dans la moitié des scènes du film, y a un aigle qui vient survoler les décors tout pourris en images de synthèses LIDL.
Si on garde ces scènes, et qu'on y rajoute par exemple, au hasard, une voix off de Werner Herzog qui lit ses listes de courses, là je paye direct pour le voir en IMAX 3D.
  • 5. Aller voir une version où le film s'accélère à chaque fois que le mot "assassin" est prononcé
Parce que comme ça, ça devrait durer à peu près cinq minutes, et ce sera plié ; tu pourras même continuer tes courses de Noël après.
  • 6. Prendre un somnifère pendant la pub, et rêver d'un meilleur film à la place
Deux possibilités ici.
Proposition a) Tu rêves d'une meilleure adaptation, qui exploiterait mieux les thématiques de liberté de conscience et de violence qui sont exposées par le film. Les méchants Templier veulent d'un monde sans violence, et d'un monde où les distractions ont remplacé le libre-arbitre. Les gentils assassins sont convaincus que la liberté est plus importante, et qu'elle ne peut s'obtenir que par la violence. Je suis étrangement certain qu'une meilleure présentation de ces thématiques pourraient parler à beaucoup de spectateurs, au vu de la tronche de notre belle année 2016.
Proposition b) Tu rêves que le film est la suite de Creed, et que Rocky Balboa doit trouver qui est le salopard qui a assassiné le jeune prodige de la boxe et fils d'Apollo Creed, pour prouver son innocence. Et à la fin, lors du procès, ils font un match de boxe avec les jurés ! C'est dément, je vous jure.
  • 7. Se tromper de salle et aller voir Paterson
Tu seras forcément perturbé par l'absence de lien entre le titre Assassin's Creed et le contenu du film, mais ça en vaut clairement la peine.
  • 8. Se tromper de salle et aller voir Monster Cars
Parce que même ça, je suis persuadé que c'est nettement plus fendard qu'Assassin's Creed.
  • 9. Aller aux toilettes au début de la séance et passer 2h sur le trône à lire Cinématraque
Clairement la meilleure solution.
  • 10. Rester chez soi, et jouer à Assassin's Creed
Mais pas Unity. Unity, c'est vraiment de la merde.

dimanche 9 octobre 2016

Le Ciel Attendra : Le cinéma aussi.





Cette semaine est sorti un film très prometteur, qui s'inscrit dans une lignée de longs et courts métrages qui se nourrissent de l'actualité politique française. Comme Divines, comme Nocturama, comme Les Cowboys, des films qui ont des forces et des faiblesses (sauf Divines, c'est le film de l'année, duh), voilà venir Le Ciel Attendra, qui parle d'embrigadement des jeunes par les terroristes de Daesh.

Le film, extrêmement renseigné sur son sujet, propose de suivre plusieurs familles et enfants qui sont confrontés à cette situation ; le point névralgique, c'est Dounia Bouzar qui interprète son propre rôle, c'est-à-dire directrice du "Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam". Au coeur de l'histoire : Sonia, une radicalisée en désintox de terrorisme, et Mélanie, une future convertie.

Il n'y a pas grand chose à redire sur le sentiment et les réalités que le film illustre : c'est exactement comme cela que ça se passe. Par contre... il y a un vrai problème qui fait que l'accueil critique et public est tout de même assez mitigé.

Cela tient énormément à la réalisation et au scénario, qui sont en désaccord total sur ce qu'ils racontent. La réalisation de Marie-Castille Mention-Schaar (ou MC-MS pour son groupe d'électro qui j'espère existe) se veut documentaire. On est dans l'action, à la manière d'un documentaire et sans jamais ou presque que l'image vienne sublimer ou commenter le propos. Et ça se comprend, comme choix, pour un sujet pareil. Pourtant à côté de ça, le scénario est trop écrit. Pas assez libre, pas assez fou, il décrit une réalité dont l'horreur tient à sa complexité, mais avec des mots trop simple. Lors d'une engueulade par exemple, jamais qui que ce soit ne s’interrompt ; c'est chacun son tour dans la discussion, même à la cantine du lycée.

Les mots manquent, les comédiens flanchent, et la réalisation façon documentaire ne fait que mettre en avant l'artifice... qui est également malmené par des choix narratifs. Oui, franchement, les ptits twists mélodramatiques sur un film avec un tel sujet, je ne sais pas vous mais moi ça me dérange. On est dans le téléfilm là, pas dans le cinéma. On manque de réflexion. Et je ne parle même pas des conversations par Facebook où Mélanie lis à haute voix ce qu'elle écrit... est-ce que c'est réaliste ? Non ! Est-ce que c'est forcément un problème ? Non, pas si la mise en scène s'y prête ! Mais là dans une approche aussi documentariste, on est dans un nonsens total !

Et c'est vraiment dommage. Parce que même si le film avait été un docufiction réussi, il n'aurait pas réussi à être cinéma. A représenter et non pas présenter. D'autant plus qu'il aborde de nombreuses pistes fascinantes qui auraient le mérite d'être explorées plus en détail, et avec plus de précision, bref de réussite quoi.

 Plutôt que de nous montrer le personnage de Mélanie se faire embrigader avec de la distance, on aurait pu oser nous faire subir ce qu'elle a subi. Nous laisser être aveugler nous public, nous mener en bateau avant de nous révéler nos erreurs. Parce que le terrorisme se rebelle contre le capitalisme et contre bien des choses que nous (et là je dis ça en supposant que vous lecteur êtes à gauche et militant comme moi, mais bon après chacun sa vie hein) pouvons reconnaître comme NOS convictions... et c'est ça qui fait peur. C'est là où Nocturama réussissait si bien au fond.

De la même manière, Le Ciel Attendra n'est pas mauvais dans son approche sur les distinctions entre la conversion à l'Islam et l'embrigadement chez les djihadistes... Mais il aurait pu être plus problématique justement ! Et explorer cette question épineuse plus en profondeur de façon à résonner avec la réalité, où le problème existe réellement. Être moralisateur c'est bien, mais répondre aux troubles du monde réel avant de l'être, c'est quand même mieux.

On sort donc franchement frustré par un film dont les défauts ne lui permettent pas d'apporter assez au discours... c'est vraiment dommage.

dimanche 2 octobre 2016

Les Sept Mercenaires : What The Fuqua

Je n'avais pas envie de parler de ce film, et puis je l'ai vu. Et me voilà. Parce qu'il pose quand même quelques problèmes.



Je n'ai rien du tout contre les remakes de manière générale. D'ailleurs, le film d'origine de 1960 était lui-même un remake d'un film de samouraï de Kurosawa. Seulement voilà... c'est DIFFICILE de refaire un classique. Et certes, le western de Sturges n'est pas des plus populaires aujourd'hui, il est donc facile à remettre au goût du jour... mais pour les cinéphiles adeptes de western, il est quasiment impossible d'effacer le spectre de l'ancien.

Mes problèmes avec le film sont donc indéniablement liés à l'existence du film de 1960, mais vous verrez qu'au fond, ça a du sens.

Un des premiers problèmes est dans la motivation des mercenaires : dans le film de Sturges, la beauté de la chose est qu'ils n'en ont pas vraiment en fait. Ici, c'est presque pareil... sauf que le leader des mercenaires fait ça par vengeance. Dès lors, la voix off de la madame du village à la fin du film de De Fuqua n'a aucun sens : non, ce n'est pas magnifique qu'ils se soient battus pour une cause qui ne les concerne pas, leur chef a voulu tuer ton ennemi parce qu'il a violé et buté sa mère !

Un des autres problèmes est dans la structure du film, qui ne permet pas à l'héroïsme de s'installer forcément de manière aussi organique que dans l'original. Qui plus est, certains des mercenaires n'ont pas vraiment le temps d'exister au delà de quelques caricatures stéréotypées... le mexicain et l'amérindien par exemple, ne sont pas grand chose de plus narrativement qu'un mexicain et un amérindien. Et ça, franchement, c'est super giga dommage. Après, certains acteurs déchirent hein. Ethan Hawke est comme toujours gigantesque et Denzel Washington aussi. Mais bon.

Et enfin, le souci principal avec ce remake à mon goût, c'est qu'il s'est un peu foiré niveau diégèse. Je m'explique : Antoine de Fuqua a fait le choix de donner le rôle principal à Denzel Washington. C'était déjà le gars dans The Equalizer et Training Day, deux autres films assez problématiques à mon sens. Bref, pour une raison qui m'échappe, le perso de Washington n'est pas traité comme afro-américain. Antoine Fuqua, lui-même afro-américain, a forcément fait ce choix consciemment, bien évidemment. Sauf queeeeeee ben ça n'est pas crédible. Si on est honnête, en regardant le film, le héros est clairement traité comme si personne ne voyait sa couleur ; on est à l'opposé du personnage de chasseur de primes de Samuel L. Jackson dans The Hateful Eight. Et ceci ne serait pas du tout un problème s'il était établi dans la diégèse qu'on est dans un monde où les hommes sont égaux. Sauf que là, tout laisse à croire qu'on est dans du réalisme pur et dur, et donc je doute qu'un chasseur de prime noirs quelques années après la Guerre de Secession, ça ne fasse réagir personne, et surtout, les autres personnages non blancs sont eux totalement caractérisés par leurs couleurs/ethnies ! Donc, pas cohérent. Donc problématique. Au moins ça fait réfléchir mais... ça sort bien trop du film quoi.

Donc dommage.


mercredi 20 juillet 2016

Le Bon Gros Géant : Un gros film bon mais pas géant.

Un nouveau Spielberg qui cible les enfants, ça n'est pas forcément très surprenant. Certes, Tintin est déjà loin et son côté « JE raconte l'HISTOIRE de l'AMERIQUE » a largement pris le dessus ces temps-ci, mais le réalisateur d'E.T reste tout de même… Ben, le réalisateur d'E.T quoi. Et d'ailleurs, le Bon Gros Géant, présenté au festival de Cannes en hors compétition, a été écrit par la scénariste d'E.T, Melissa Mathison, décédée il y a peu.


Le lien Roal Dahl/Spielberg n'est franchement pas évident à tisser, et c'est vrai qu'il y a de quoi être quelque peu perplexe face à ce choix de la part du réalisateur, et de la part de Disney également : le roman raconte l'histoire d'une petite fille qui se fait enlever d'un orphelinat par un géant très bon mais pas gros du tout (c'est vrai quoi il est tellement fin on dirait qu'il va se casser à n'importe quel moment), et qui la ramène dans son pays peuplé de géants pas du tout bons et plutôt gros. Mais surtout, quiconque ayant eu une enfance et le goût de la lecture se souvient que Dahl a une plume qui trace surtout avec légèreté, humour et désinvolture... ce qui ne sont pas forcément les points forts de Steven Spielberg.


Du coup, il faut le dire, cette adaptation cinématographique est en partie foirée. Non pas parce qu'elle transformerait le roman en quelque chose d'autre, car une telle réflexion est absurde - cinéma et littérature sont deux langages différents, pourquoi les comparer si ce n'est pour déclencher un débat à la con sur son Facebook feed -, mais parce que sans le mordant de Roal Dahl, le tout perd tout de même de l'intérêt. L'oeuvre est visuellement riche, dynamique... mais généralement trop lisse, trop polie. On a l'impression soit d'un cadre contraignant imposé par Disney, soit d'un excès de fainéantise de Spielberg qui n'aura pas mis tout son cœur dans le projet. Même John Williams, qui paraissait si inspiré sur le nouvel volet de Star Wars, semble ici retomber dans des facilités que l'on pardonnerait à tout autre papy qui ne serait pas John Williams.





Dans la logique du discours, c'est le moment où je contrebalance mon "en partie foirée" du paragraphe précédent. Parce que oui, il y a aussi du très bon, que l'on peut finalement rassembler en deux éléments. Le premier, c'est la manière dont la séquence chez la Reine d'Angleterre parvient à renouer avec l'esprit du livre d'origine. Elle arrive bien trop tard dans le film malheureusement, mais qu'est-ce qu'elle est drôle ! Et puis, je spoile mais bon : Spielberg y fait sa première blague de prout. Mais il ne va pas avec le dos de la cuillère hein, il sort toute l'argenterie ! La deuxième, c'est le Géant, c'est-à-dire Mark Rylance, nouvelle égérie Spielberg ; sous les effets numériques, ses yeux sont d'une expressivité à couper le souffle d'un plongeur professionnel, et lors de la séance, il est clair qu'il a réussi à en émouvoir plus d'un.


Mais bon, le film reste malgré tout une déception pour un public adulte. Et cette précision n'est pas anodine, car c'est bien l'impression générale qui m'a gagnée au fur et à mesure du film : Le Bon Gros Géant n'est en fait peut-être pas vraiment appréciable pour un adulte. Ainsi, le film dont il se rapproche le plus dans la filmographie de Spielberg serait Hook, qui est extrêmement apprécié par ceux qui ont grandi avec, mais qui est bien plus hermétique pour un "grand" qui chercherait à se faire une petite overdose de jouvence.

dimanche 10 juillet 2016

La Légende de Tarzan : Impérialisme Cinématographique

Le nouveau carton mouillé de chez Warner ressemble beaucoup à son précédent, Pan : on commence avec le prétexte d'une histoire originale, une variation unique sur une histoire connue et reconnue, mais on tombe au final dans des clichés gigantesques. Pan par exemple montre comment Peter est enlevé d'un orphelinat par Barbe Noire, et le montre même ami avec un jeune Crochet... mais les arcs narratifs du film sont tristement évidents. 


Tarzan a le même problème : il propose de commencer l'histoire quand John "Tarzan" Clayton III est bien installé en Angleterre et heureux de sa vie civilisée. Des événements imprévus le renvoie dans sa jungle, désormais territoire colonisé sous le contrôle des Belges et du méchant Christoph Waltz.

Visuellement c'est laid comme un pou vérolé qui se serait déguisé en Marine Le Pen, scénaristiquement c'est parfois facile, parfois flou... mais surtout, le cadre du film est vraiment d'un extrême mauvais goût. Alors certes, il faut lui reconnaître l'effort qui a été fait pour représenter le Congo (enfin, c'est tourné au Gabon) avec authenticité, et avec la langue qui va avec, mais cela ne sauve pas le tout d'un parti pris que je trouve absolument dégueulasse.



Je m'explique : Tarzan est un film réalisé par des Anglais, sur un noble britannique membre de la chambre des Lords, qui vient sauver la contrée qui l'a vue grandir des méchants colons. Sauf que les méchants colons ne sont pas les Anglais, puisque nous sommes chez les Belges au Congo. Je ne pense pas être le seul à trouver qu'une telle prise de position est plus que douteuse. Et même plus que cela, je trouve ça dommage.


Parce que le film n'exploite jamais réellement cette dimension coloniale. D'ailleurs il n'exploite jamais ses autres thématiques ; donc pour voir un film sur le rapport entre sauvagerie et civilisation dans une vision qui questionne l'occidentalisme de cette dichotomie, on restera sur le Tarzan de Christophe Lambert, malgré les essais autour des personnages de Jane et de l'américain campé par Samuel L. Jackson. Pour un Tarzan qui exploitera la question coloniale en utilisant le personnage hybride de John Clayton pour mettre en question la Grande Bretagne et son impérialisme... il faudra venir le voir dans le cinéma dans ma tête. Parce que ce film n'existe pas.

dimanche 19 juin 2016

Belladonna : Quand le Japon te raconte le système féodal avec des orgies

Je vais déroger à une règle fondamentale ici, parce que je sais pertinemment que personne ici n'ira voir le film dont je parle : du coup je vais tout vous raconter, histoire de vous situer un peu le bazar. Parce que voilà, il est sorti dans à peine quatre salles, il ne va pas rester plus d'une semaine... je doute que ce petit délire fasse beaucoup de bruit. Et c'est dommage parce que PUTAIN LES COPINES ET LES COPAINS C'ETAIT N'IMPORTE QUOI !!!


Donc. Belladonna est un dessin animé. Oui, je n'ai pas dit film d'animation, j'ai dit dessin animé. Parce que la plupart des images sont simplement des dessins très grossiers, très peu animés. Grossier dans le sens... brouillon. Pas précis. En plus le style n'a absolument rien de typiquement japonais. Non, ça ressemble plus à un style très médiéval en fait, très occidental. Mais bon, on entend des voix en japonais pendant tout le film, donc ça donne un mélange assez explosif.


Et bon là je ne vous ai pas non plus dit que la bande son, c'est du psychédélique jazz façon King Crimson/Pink Floyd période Syd Barret. Mais avec du chant japonais sur certains passages. Parce que oui, admettons.


Ok, vous êtes toujours avec moi ? Il est grand temps que je vous raconte l'histoire. C'est Jean et Jeanne, un couple de cerfs. Le seigneur du coin vole Jeanne et la viole. Le diable rend visite à Jeanne et lui offre sa force pour lui permettre vengeance. Jean devient un important percepteur, puis se fait couper la main et tombe dans la misère. Jeanne devient une sorcière et est chassée en Enfer. Le village entier souffre de la peste et est abandonné par le seigneur et la religion catholique. Jeanne guérit tout le village à l'aide d'une orgie psychédélique (coucou les gens qui font de la balançoire sur des bites et les femmes qui projettent des poissons depuis leurs vagins), elle retrouve Jean, ils s'aiment. Le seigneur la met au bûcher pour sorcellerie, Jean meurt en tentant de la sauver, les villageois se révoltent. Petit message en japonais qui indique "quelques années plus tard" et là BIM DES REPRESENTATIONS DE LA PRISE DE LA BASTILLE ET DES TABLEAUX DE DELACROIX VIVE LA REVOLUTION FRANCAISE ET LES FEMMES QUI ONT GUIDE LES TROUPES QUOI QUOI QU'EST-CE-QUE TU VEUX!!!!


...Oui. Oui oui oui. Bon je vous ai épargné les scènes de sexe allégoriques/réalistes/poétiques/folles qui pullulent, notamment avec le diable puisqu'il a une forme de bite et grandit quand Jeanne lui succombe (VERIDIQUE), mais voilà vous avez une idée globale de la chose.

Ce que je ne vous ai pas dit, c'est qu'en fait c'est une adaptation libre d'un essai de Jules Michelet. Ouiiiii vous savez le super historien français qui écrivait des trucs de fou !!


Bref, vous l'aurez compris ce film n'est pas pour tout le monde, mais j'ai quand même bien kiffé ma moumoute, et je voulais vous en parler. Et puis par sa nature même il pose pas mal de questions intéressantes sur ce qu'est un film : là ce sont quand même des dessins filmés, très simples, voire moches parfois, et le tout est très cohérent malgré tout. On y trouve même une technique cinématographique assez géniale qui utilise la richesse du dessin sous forme de tapisserie en la mêlant au travelling latéral ! Ainsi nous pouvons voir dans le film des séquences racontées par une succession d'images fixes sur un mouvement latéral, avec une narration, ce qui m'a paru totalement inédit. Dans le sens où je n'ai jamais vu ça utilisé de la sorte dans un autre film.

Je vous laisse avec les deux premières minutes du film, pour ceux qui veulent découvrir.


vendredi 17 juin 2016

La Loi de la Jungle : Allons Enfants de la Comédie

C'est l'histoire d'un stagiaire de 35 ans qui est envoyé en Guyane par le Ministère de la Norme pour superviser la construction d'une piste de ski indoor. Le projet s'appelle "Guyaneige".

Honnêtement, je pourrais m'arrêter là ; si ce pitch vous séduit par son côté humour absurde et sa satire politique sous-entendu, n'attendez pas plus et foncez voir ce qui est pour moi la meilleure comédie française que j'ai vu depuis un sacré bout de temps. Genre, un gros bout, et qu'on tient par le bon et tout. Bref.


La Loi de La Jungle est un film totalement loufoque, qui s'attaque à la fois à la bureaucratie française et à l'impérialisme colonialiste nationaliste français avec brio. Penchant opposé de Ma Loute, avec qui il partage des traits évidents (mais n'est pas méprisant, moins simpliste et plus compréhensible), ce délire totalement jouissif ose des choses que l'on voit trop rarement : ci l'humour passe par la langue, il passe encore plus par le geste et la dynamique des corps. Je mentionne ici rapidement le représentant de la SNCF qui vient installer un TGV en Guyane et dont le langage corporel du commercial pourri n'a d'égal en perfection que la moustache du personnage. Par ailleurs ne vous inquiètez pas si vous le voyez mourir très vite en début de film : il revient sans cesse, probablement parce que ces pourris sont interchangeables.


Je mentionne tout ça n'importe comment, mais sachez que la force du film, c'est de projeter une grande galerie de personnages hauts en couleurs (un chef de projet richou paumé Mathieu Amalric, un huissier psychopathe adepte du Masque et la Plume, un obsédé de la guerre qui ne marche qu'à reculons pour qu'on ne suive pas ses pas, un chef de secte tribale qui sort de Henry IV... et je ne parle pas encore des deux personnages principaux)  non pas dans un décor mais dans un paysage : tout est tourné en Guyane, et cela se voit, cela nous gicle à la face tel le pus d'une blessure tropicale. Et puisque les arbres et la boue et la terre paraisse si vrais, l'absurde et le comique frappent d'autant plus.


Enfin, comment ne pas dire un mot sur Vincent Macaigne, qui interprète le stagiaire Marc Châtaigne paumé dans la jungle, et Vimala Pons, qui interprète son guide Tarzan, activiste stagiaire super-héroïne badass ? En n'écrivant pas ce paragraphe, mais vu qu'il est lancé allons jusqu'au bout : leurs dynamiques humoristiques, la richesse de leurs expressions corporelles. Vincent Macaigne est un grand improvisateur, j'ai des sources qui l'observe sur les plateaux, et Vimala Pons est une artiste de cirque qui avait pour intention de rallier sensualité et drôlitude autour du corps féminin... spoiler, elle a réussi. Leurs dynamiques sont autant de mélodies enjoués que l'on se réjouit de découvrir ; souvent, elles nous sont déjà connues, mais ce sont les arrangements qui changent.


En fait, La Loi de La Jungle paraît hors du temps. Un peu comme cette statue de Marianne perdue dans la jungle (quand Marc Châtaigne l'aperçoit et qu'il échappe un petit "La France" solennel", putain... mais c'est BON PUTAIN), il paraît très hors de place au milieu d'une comédie française assez désespérante. Il ose être politique, mordant, absurde et coquin, et nous rappelle la grandeur d'époques révolues. C'est d'ailleurs peut-être pour ça que son mixage son est si dégueulasse... un hommage probablement. Heureusement, le film est bien plus que ça : à mes yeux, il est déjà culte.

jeudi 9 juin 2016

Elle, The Neon Demon : quand les hommes parlent des femmes

Toujours délicat, comme sujet. Mais heureusement, Nicholas Winding Refn et Paul Verhoeven sont deux des auteurs les plus intéressants sur cela, et enchaîner les deux est donc fort instructif.


Commençons par le Verhoeven. Adapté d'un roman de Philippe Djian, ce cher réalisateur foufou hollandais, connu pour Basic Instinct, Starship Troopers, Robocop, Total Recall ou encore Showgirls ou Turkish Delights si vous êtes un vrai bourrin. Lui est habitué à faire scandale et controverse, et à être tantôt célébré comme visionnaire féministe, tantôt à être crucifié comme machiste misogyne notoire. Un tel grand écart ne peut signifier qu'une chose : Verhoeven manie des histoires et des personnages qui dérangent. Tant et tellement que le film a été refusé par toutes les actrices américaines, qui ne pouvaient pas imaginer jouer un rôle aussi surprenant dans le cinéma américain. Heureusement, nous, pour le meilleur comme pour le pire, on n'a pas trop de limites. Et ça tombe bien, parce que Verhoeven, il serait sur Pluton sans casquette qu'il n'aurait pas froid aux yeux.


Et là, pour son retour au cinéma après 10 ans d'absence, il signe son film le plus dérangeant, sans aucun doute. On y parle d'un viol, d'une femme violée et de ses réactions peu conventionnelles face à la chose. Son personnage, dont les antécédents sont plus que particuliers (elle hait la police suite à une tragédie d'enfance liée à son père et à elle-même... à dix ans elle fut considérée comme coupable alors qu'elle était très clairement victime, forcément ça déglingue un peu), est le point central du film, celui qui lui donne toute sa matière à débat. La richesse du film tient en partie à celle des personnages, assez nombreux, qui l'entourent : leurs interactions semblent découler naturellement de leurs existants fictifs. L'autre point fort, c'est une mise en scène assez inattendue qui se permet de mêler au cadre du cinéma français stéréotypé (riches parisiens, familles brisées, repas tragicomiques, hommes machistement dégueulasses...) une approche plus melo, plus film de genre. D'ailleurs à ce sujet, si les personnages les plus clichés fonctionnent bien dans ce cadre (l'affreux Robert, la voisine catho, le fils paumé), on peut regretter que certains retournements de situation et autres révélations soient trop évidents. mais passons. La musique se joue des airs de thriller, les acteurs évitent le naturalisme du jeu très habilement, ce qui a finalement pour résultat de faire ressortir davantage toute la perversion de cette histoire. Il est clair qu'en termes de représentation de la femme, cela fait débat, mais comme toujours avec Verhoeven, c'est tant mieux : c'est qu'il nous dérange de la bonne manière, en nous faisant nous poser des questions là où nos esprits ont trop peur d'aller chercher. Vieux malade va. Jsuis bien content de te revoir. Maintenant fais-nous ton film sur Jésus !


The Neon Demon quant à lui, s'en prend plus au matérialisme du monde de la mode : comme souvent, Nicholas Winding Refn manipule des clichés : après l'Homme, le Ultimate Ryan Gosling, il s'attaque à la Femme, celle qui est purement plastique, éphémère et irréelle. Un cliché quoi, dans tous les sens du terme : le corps qui emplit l'image, l'être bigger than life. Le pitch est simple, comme toujours (une jeune fille douce et innocente débarque à LA pour être mannequin, ; elle séduit par sa candeur et sa nouveauté et rend folle ses concurrentes plus agées/expérimentées), l'exécution ne l'est pas.


Si vous avez vu du Refn avant je ne vous surprendrai pas en disant que : tout est esthétiquement démentiel ET motivé (des miroirs et des miroirs et des miroirs partouuuut), le travail sur les couleurs a une puissance sensorielle incroyable, c'est lent et étrange, porté par de la musique électronique (Cliff Martinez toujours au top) que je ne saurais qualifier autrement que d’atmosphérique parce que j'ai la flemme d'ouvrir un dictionnaire et de trouver le mot exact qu'il me faudrait ici. Moins classique que Drive, mais tout de même plus accessible que Valhalla Rising ou Only God Forgives, pour lesquels il fallait quand même s'accrocher ferme pour rester dans le délire, The Neon Demon est aussi un film extrêmement simple. Je veux dire par là que son message, car il y en a un, et c'est celui de la futilité des obsessions plastiques, tout en magnifiant la cruauté de ce monde qui recherche l'authentique au milieu du vomi, n'est pas révolutionnaire. Mais il n'empêche que son exécution et son approche mérite le détour ; cela vaut notamment dans la manière où Refn utilise avec extrêmement de brio tous ses automates, puisqu'à leur manière ils gravitent tous autour de cette obsession de la chair, qui nous ramène forcément à la mort. Du gérant du motel violeur campé par Keanu Reeves, à Jena Malone en dangereuse psychopathe (son monde ? La mode et la morgue. 10/10), sans oublier bien sûr Elle Fanning, l'incarnation de cette beauté dont tout le monde souhaite s'emparer, et Christina Hendricks qui transporte tout un personnage en à peine 5 minutes à l'écran, tous sont orientés vers la même direction. Bien sûr certains éléments me restent actuellement assez hermétiques dans la richesse des imageries, notamment tout ce qui touche à ces triangles de lumières, et au titre même du film, The Neon Demon, mais ça si vous souhaitez en causer avec moi, ce serait avec joie !*


Nous avons donc là deux films qui touchent aux femmes, et qui leur font beaucoup de mal, mais qui le font bien. Deux oeuvres d'auteurs qui dérangent mais qui le font avec talent et qui nous ont pondu deux sacrés bombes.


*petit-aparté : très heureux de voir qu'un féministe très vocal comme Refn ne fait pas que parler, et que son film est co-écrit par deux femmes, que la directrice de la photo est une femme ainsi que la co-productrice. Parler c'est cool, agir c'est mieux.

samedi 4 juin 2016

Ma Loute : Le grotesque grinçant des classes sociales s'entrechoquant

Difficile de le cerner, ce Bruno Dumont, vraiment.


Après son portrait mordant à succès de l'an dernier, Ptit Quinquin, il revient avec une oeuvre similaire - dans le sens où il se fout bien de la tronche des habitants du Nord - que l'on pourrait résumer de la sorte : et si Massacre à la tronçonneuse était une comédie mettant en scènes le grotesque grinçant des classes sociales ?



Bon évidemment, je suis loin de représenter le film dans son intégralité avec d'aussi simples mots, mais je voudrais y voir aussi. Si mon texte couvrait tout le spectre de ce DVNI (drône volant non identifié), la moitié serait incompréhensible pour cause d'accent chti, mes phrases se péteraient souvent la gueule et d'autres s'envoleraient religieusement, ou sans raison. Ouiiiiiii Ma Loute, c'est du grand n'importe quoi.


Nous sommes dans un petit village du Nord de la France, et les bourgeois de Lille viennent passer leurs vacances à observer les petites gens dans leur monde pittoresque, du haut de leur maison style "palais égyptien en ciment". Oui, je sais que ce style n'existe pas, mais leur maison est un palais égyptien - avec les hieroglyphes et les murs en V et tout - en ciment, qu'est-ce que j'y peux moi aussi. Donc on a deux mères assez frappadingues, une fille qui est en fait un garçon (une formulation qui peut choquer et je le conçois, mais je ne fais que coller à l'image que propose le film, dans la manière dont les personnages et le film traitent la question du genre de ce personnage), et bien sûr le chef de famille Fabrice Luchini qui... est bossu. Et joue n'importe comment. Il joue comme un grille-pain drogué qui ferait du rodéo au ralenti.


Les petites gens, eux, sont des pêcheurs. Et aussi, des cannibales. Ils aident les richous à traverser les marécages, mais aussi parfois, ils les dévorent. VLAM! Tu la sens la métaphore sociale qui vient de te bifler là ? Parmi eux, une famille principale et le fils aîné, Ma Loute, qui vit une histoire amoureuse avec la fille qui est en fait un garçon.


Au milieu de tout ça, on rajoute enfin les policiers, notamment le commissaire Machin (alors, je me souviens jamais des noms des personnages dans les films que je regarde, mais lui c'est pas une vanne, il s'appelle vraiment Machin) qui a pour trait de caractère d'être hmmm comment je peux le dire correcte- GROS. IL EST ENORME. IL PORTE DES PROTHESES POUR AVOIR L'AIR GROS ET IL PASSE LE FILM A ESSAYER DE S'AGENOUILLER ET SE VAUTRER PAR TERRE. Ok pardon je m'emporte.


Le film naît des interactions entre tous ces groupes de personnes. L'enquête policière (qui commet des meurtres) n'est que très secondaire... mais tout paraît secondaire en fait. Parce que ce film n'a aucun sens, ou plutôt paraît n'avoir aucun sens. D'un côté, il y a du grotesque totalement assumé, de la moquerie méchante et peut-être affligeante malgré l'hilarité qui nous prend malgré nous. Luchini et le commissaire Machin par exemple, tous deux affublés de prothèses, grincent. Non mais vraiment, on entend les bruits de plastiques qui frottent quand ils se déplacent. Et ça c'est un choix. Pourquoi ? Je ne sais pas encore.


Si le film pose un monde absurde sans apporter beaucoup de réponses, force est de constater qu'il pose d'excellentes questions : jusqu'à quel point peut-on se moquer et être aussi cruel avec des personnages ? Comment peut-on héroïser le personnage de Ma Loute, toujours filmé en contre-plongée avec un romantisme imparable ? Est-ce une célébration de l'innocence ? Même la religion dans l'univers Bruno Dumont, a perdu pied, tant et si bien que certains personnages finissent par flotter. Ou voler. Pour lui, au fond, c'est pareil ; soit Bruno plane au dessus de nous, soit il s'est violemment pété la gueule. La seule chose qui est à peu près sûre, c'est qu'il s'en contrefout.


Ma Loute est un film inattendu et qui reste difficile à digérer, mais pas forcément pour de mauvaises raisons. La suite dans le prochain épisode des films insensés de Bruno Dumont... c'est-à-dire une comédie musicale sur Jeanne D'arc avec de la musique composée par Igorrr. Les connaisseurs le diront : normal.

mercredi 1 juin 2016

Mois de mai : cinéma partie 2

Julieta, de Pedro Almodovar : 

Présenté en compétition officielle au festival de Cannes, le cru nouveau est excellent. Sans grande surprise puisque c'est un thème récurrent, on y parle de famille. Une mère reçoit des nouvelles de sa fille, qu'elle n'a pas vue depuis 16 ans, et se remémore sa vie de manière épistolaire. C'est une histoire tragique marquée par deux types de conversations : les non-dits/secrets et les révélations. Presque tout se dit assis, face à face, comme si les seules relations profondes possibles n'existaient qu'en duo. Julieta est interprété par deux actrices incroyables, qui donnent les facettes d'un avant/après, de la jeunesse puis de sa perdition par la catastrophe. Par dessus tout ça, Almodovar donne à son film une dramaturgie extrêmement "Hollywood classique", portée par de la musique orchestrale et une image très scintillante... ce n'est pas que le mélodrame est assumé, il est sublimé.

X-Men Apocalypse, de Bryan Singer :

Il serait temps que ce bon vieux Bryan "Renaud te hais cordialement" Singer lâche les X-Men et laisse quelqu'un d'autre tenter une approche originale... le nouveau film est long, surchargé en histoires parallèles et en personnages, ce qui finit par desservir ses derniers. L'histoire ? Le premier mutant, qui est aussi une sorte de Dieu, revient à la vie pour façonner le monde à son image. Les mutants gentils s'opposent à lui, se ralliant derrière l'héroïque Mystique. Dans son camp, il aura Angel (zéro personnalité mais des ailes et armure cool) et Psylocke (zéro personnalité et tenue sexy sans aucune raison valable... faire d'Olivia Munn une femme objet quand on connait le talent dramatique et comique de l'actrice, c'est un peu comme une rage de dent. Genre ça fait mal quoi), et enfin Tornade (qui est enfin légèrement développée mais dont l'arc narratif est quelque peu... bêta), et Magneto. Qui lui, porte toute l'émotion du film, et le fait bien ouf.

Le problème le voilà, c'est que c'est encore un film super inégal, avec des parties démentielles et d'autres totalement pourraves, comme tous les films de Bryan Singer à mes yeux quoi (sauf Superman Returns... totalement assumé) : les effets numériques sont parfois bien dégueulasses, certaines storylines sont chiantes à mourir voire incohérentes à souhait (coucou tout le passage dans la base de Striker qui sert à rien et en plus crache sur la cohérence du film précédent), Singer fait des références et des blagues à ses propres films en guidant la chronologie de ce nouvel univers dans des bases IDENTIQUES à ses films précédents, parce que pourquoi tenter quelque chose de neuf... et puis vas-y que je te tease les X-Men pendant deux films jusqu'à pondre une fin à la Avengers et laisser les fans de X-Men sur leur faim quoi. Mais bon, venant de la part d'un réal qui a banni les comic books sur son plateau parce qu'il ne veut pas que ses équipes s'inspirent de choses aussi bêta (je n'invente rien, googlez moi ça et tout sera révélé), alors qu'il fait un film où le méchant est un monstre bleu qui construit des pyramides, qu'est-ce qu'on peut bien attendre d'autre. Mais à côté de ça, on a des moments de bravoure sans précédents ! Et je suis sérieux. Notamment la fin du film et le développement du nouveau personnage de Jean "Sansa Stark" Grey, qui se crée un lien plus qu'intéressant avec Apocalypse.

Et là si je parle des points forts, je ne peux m'empêcher de célébrer l'atour majeur de Singer : son monteur et compositeur John Ottman. Oui, vous avez bien lu, le mec est un tel monstre qu'il fait le montage ET la musique, ce qui est franchement la classe à Dallas avec des maracas, et en plus super pratique. Grâce à lui, certaines scènes en montage dynamique ont une puissance indéniable, notamment le montage du lancement des missiles dans l'espace (un peu endommagé par un cameo qui pisse sur le dramatique de la scène), et la baston finale qui a lieu sur le plan physique et le psychique. Que l'on donne Justice League à John Ottman s'il vous plait !!

Hors sujet pour finir : Les fans de Star Trek auront remarqué que Singer place des clins d'oeil à la série depuis le film précédent. Est-il en train d'exprimer son envie de réaliser un futur épisode de la saga au cinéma ? Parce que pitié non.

Warcraft, Duncan Jones :

Je ne vais pas passer trois cent paragraphes sur ce film : c'est probablement une des pires bouses que j'ai jamais vu. Warcraft est l'équivalent de l'intégralité du méthane que les vaches produisent avant de finir dans nos assiettes. Après une bombe de SF puis un semi-blockbuster cool, le fils de David Bowie est passé du côté obscur de la Force. Il y a une blague cachée dans cette référence à Star Wars, trouvez-là et je vous offre un shampoing.

Warcraft ne laisse jamais son monde et sa vastité ou sa richesse atteindre le spectateur puisque les héros se téléportent en permanence. La diversité des races est totalement inexistante et sous-exploitée, l'omniprésence de l'homme blanc façon fantasy cliché (et puis la seule femme noire joue une orque à la peau verte qui s'appelle quasiment Gamorra, trolilol) est on ne peut plus marquante... le film n'a absolument rien d'original ni de révolutionnaire (ce qui n'est pas obligatoire, regardez Le Seigneur des Anneaux, c'est juste tellement bien quand même mais c'est supra codifié façon fantasy), sauf un final surprenant qui m'a plus foutu en rogne qu'autre chose puisqu'il n'est amené en rien par la narration ni par l'émotion. Un gâchis total, et une véritable impression qu'on se fout puissamment de ma gueule.

lundi 16 mai 2016

Mois de mai : Les autres films au cinéma - partie 1

La Saison des Femmes :

Un film sublime. Vraiment sacrément foutrement sublime de fils de gigolo. La vie épisodique de quatre femmes en Inde. Elles sont définies telles quelles par la société : une veuve, une mariée qui ne peut avoir d'enfants, une nouvelle mariée honteuse aux cheveux rasés, et une danseuse/pute. Qui sont-elles ? Des femmes. Des vraies personnes, complexes et riches, attachantes et émouvantes, contrastées, pleine de beauté et d'imperfections. Des êtres humaines. Le film est absolument horrible, c'est Game of Thrones version la vraie vie, mais il a une force incroyable. L'esthétisme de l'image et des couleurs et des costumes rend criant la violence qui s'y déroule, tandis que les femmes se débattent encore et encore dans l'espoir de vivre. Du girl power qui tâche, du vrai, et avec du style. Bravo, encore et encore et encore s'il vous plait.

Un Homme à la Hauteur

Virginie Efira rencontre l'homme presque parfait ; c'est Jean Dujardin, sauf qu'il mesure 1m36. Ce film aurait pu être outrageusement offensant, il ne l'est dans son contenu qu'un tout petit peu (dans son approche par contre, rétrécir numériquement Dujardin... moins), mais au final il est simplement d'un ennui gigantesque. C'est bien simple, la seule manière de rendre le film intéressant, c'est d'en retirer l'intégralité de ses personnages pour ne garder que celui de Virginie Efira, car cette femme est parfaite, drôle et touchante dans tout ce qu'elle fait.

Money Monster :

Présenté à Cannes en hors compétition et dans nos salles depuis jeudi, le nouveau film de Jodie Foster est tout bonnement un excellent film de genre, qui s'appuie sur des sujets qui nous touchent mais tout en servant une narration qui se veut clairement fictionnelle. Un présentateur télé qui fait une émission excentrique sur la bourse se fait prendre en otage pendant une émission par un téléspectateur qui a perdu tout son argent sur un mauvais coup. C'est assez classiciste (on reconnaît l'époque cinéma dans laquelle Foster a grandi) tout en étant très moderne et dynamique au niveau du rythme et du montage, ce qui fait qu'on ne s'ennuie jamais. L'atout majeur du film, c'est d'avoir George Clooney en présentateur : son star power si unique fait de lui un modèle parfait pour le rôle, et donne à l'oeuvre une dimension supérieur. Plein de supers personnages secondaires (notamment le caméraman Lenny qui est merveilleux), une Julia Roberts en pleine forme, de la tension non stop pendant cent minutes. Que demande le peuple ?
Le seul défaut peut-être, c'est - et c'est étrange pour une actrice - le peu de place qui est accordé aux acteurs pour exprimer leur jeu. Tout le monde est au service de l'histoire finalement, mais sans que qui que ce soit ait le temps de tirer la couverture à lui.

The Nice Guys :

Il est enfin arrivé, le nouveau film de Shane Black. Scénariste star qui a révolutionné les films d'action dans les années 80 puis 90, il a finit par renier la quasi totalité de son travail, massacré lors de leur passage à la pellicule selon lui. Depuis, il s'est fait une petite jeunesse en devenant réalisateur et accouche ici d'un troisième film ; après Kiss Kiss Bang Bang et Iron Man 3 (le meilleur film du MCU et j'assume), voilà The Nice Guys. C'est tout simplement un polar façon fiction pulp, sur un duo de détectives un peu ratés mais très marrants. Russel Crowe et Ryan Gosling sont merveilleux et extrêmement drôles, surtout dans leur dynamique avec la fille de ce dernier ; c'est la petite originalité du film que de rajouter au buddy cop duo une adolescente qui n'a jamais besoin d'être sauvée et qui est en fait une sorte d'équivalent de la nièce dans Inspecteur Gadget. C'est macho mais pas trop, c'est violent mais pas trop, l'histoire est monstrueusement compliqué et les gags fusent aussi vite que des balles. Le point fort comme toujours chez Shane Black : les scènes d'action, toujours astucieuses et inattendues. Dans un genre aussi poussiéreux, heureusement que des auteurs comme lui existe pour nous surprendre à chaque revers. Un vrai ptit bijou.

mercredi 11 mai 2016

[Cannes] Café Society : Oh mon dieu la caméra a bougé !!

Un jeune gars plein de ras-le-bol fuit Manhattan, sa famille juive et son frère criminel pour s'installer à Hollywood et découvrir les paillettes, les starlettes, le glamour et l'amour. Et si les trois premiers lui réussissent, c'est ce dernier qui va l'ensorceler... et le balader entre les deux mondes, côte est et ouest, jusqu'à ce fameux Café Society.


Le générique commence est personne n'est surpris dans la salle : c'est la même police, le même fond, la même musique de jazz. Les acteurs d'abord, dans l'ordre alphabétique, car ce sont eux qui comptent, ce sont eux qui brillent : cette fois, la muse est devenue Kristen Stewart, vraie Janus quelque peu inspirée de l'héroïne de The Appartment de Billy Wilder. Et elle est belle, belle, belle, belle. Une vraie gueule, et une vraie voix, comme Scarlett il y a dix ans. Et puis, outre l'apparition éclair mais très appréciable d'Anna Camp dans un rôle de prostituée débutante et la carrure de Steve Carrell en agent hollywoodien tellement cliché qu'il pourrait se reconvertir dans la vente de Polaroïd, celui qui crève l'écran, c'est le héros : Jesse Eisenberg devient en fait ici une nouvelle incarnation de Woody Allen. Certes, il y apporte sa propre touche, mais il est difficile de ne pas imaginer le réalisateur - plus jeune - à sa place. Mais voilà, Woody est trop vieux pour ces conneries, du coup il se cantonne au rôle de narrateur.



Oui, Woody Allen a une zone de confort, oui, il n'aime parler que d'un nombre de choses extrêmement réduites, et très clairement il en a conscience. Oui, dans le fond, on sait à quoi s'attendre : des histoires d'amours, des mariés infidèles, des fêtes, l'élite de l'Amérique caricaturé jusqu'à en faire des monstres endimanchés trinquant leur verres remplis d'argent. Ce qui change, ce sont les costumes, le décor. Les phrases sont les mêmes, ce ne sont que les mots qui changent.


Et pourtant, dès que le générique se termine, le sourcil se lève. Puis frémit. Woody... est-ce que tu es en train de traverser une fête avec un steadicam ?? Est-ce que tu mets des mouvements de caméras partout dans ton film et de la profondeur de champ ??? EST-CE QUE TU AS FOUTU UNE TRANSITION TELLEMENT DEBILE QUE MEME DANS STAR WARS ILS LE FONT PAS ???? Je suis si heureux. Je ne sais pas ce qui lui a pris, peut-être que l'idée de filmer l'âge d'or d'Hollywood lui a donné envie d'expérimenter et d'être original dans sa composition et son langage filmique mais je ne peux que m'en réjouir : c'est putain de sublime les gars. Les paillettes elles sont des mes yeux là. Superbe. Et le contraste New York/Hollywood est sans pitié : la première, Woody la connaît et la montre comme sa femme. Enfin, si sa femme avait son âge (lol) et qu'il la montrait nue. La deuxième, c'est son monde : c'est le cinéma, un monde qu'il aime inventer comme plus beau et dépeindre avec cruauté.



En effet, si Jesse Eisenberg nous dit que la vie "est une comédie écrite par un écrivain sadique", il ne peut parler que de son monde, dans lequel le réalisateur joue avec son cœur en lui promettant Kristen Stewart sans jamais vraiment lui laisser l'attraper. Aparté : c'pas grave Jesse, retourne voir Adventureland, tu t'en sors mieux dans celui-ci.


J'ai un peu l'impression que ma critique va dans tous les sens et n'a pas vraiment de direction logique, mais j'ai envie de dire, film, c'est tout ce que tu mérites vu ta tronche. Enfin c'pas une critique hein coco, c'est que je parle comme ça moi, mais clairement tu n'as ni queue ni tête. Au milieu de ton intrigue principale, tu nous a foutu une intrigue de gangster, toute l'histoire de la famille juive de Jesse Eisenberg, un ptit sketch sur le fait que les chrétiens sont des lâches et des froussards, un autre sur une prostituée débutante plutôt nerveuse qui relève davantage d'une sitcom que d'autre chose... sans parler d'un portrait monstrueux du monde hollywoodien et de son langage. Oui, à Hollywood selon HollyWoody on ne parle pas anglais, on parle le "name-dropping", c'est-à-dire qu'une phrase n'a du sens uniquement si elle contient les noms de trois ou quatre célébrités. La seule chose qui tente de faire le lien entre tous ses îlots, c'est la narration, la voix du réalisateur qui nous balade de lieu en lieu, d'époque en moment, de succès aux échecs. Jusqu'à un final emprunt de mélancolie, qui a le don de laisser sur la faim.


Sous bien des aspects, Café Society raconte la vie des êtres qui changent. Le temps passe, ou l'environnement évolue, et hommes et femmes se muent. Ce n'est qu'en retrouvant un morceau de passé que l'être se trouve un miroir et se dit finalement, tiens, c'est moi ça ? C'est ainsi que le souvenir revient, puis devient mélancolie, et enfin devient regret. Voilà peut-être comment expliquer le fouillis fascinant d'un film légèrement foufou, d'un réalisateur qui se met à regarder vers l'arrière. 

Je sais que beaucoup s'amusent à cracher sur papi Woody depuis l'après Match Point, mais j'insiste : depuis ses trois derniers films, il a quelque chose de nouveau, et il signe là son film le plus intéressant depuis Scoop. Oui, malgré son côté bancal et imparfait. Mais vous savez ce qui était aussi bancal et imparfait ? Scoop.

mercredi 4 mai 2016

Les films d'avril sur lesquels je n'ai pas écrit

Green Room : Un groupe de punk durs à blouson en cuir = se retrouvent prisonniers dans un club paumé tenu par des néo-nazis. Un survival super gore qui oppose Chekov (Anton Yelchin), bassiste timide, au Capitaine Picard (Patrick Stewart) en leader nazi qui fait peur dans le noir. Très sympa, notamment dans son détournement de certains codes du genre, mais un peu décevant dans sa mise en scène : toutes les scènes de violence sont très floues, vagues, voire hors cadre, comme si le film avait été forcé de s'auto-censurer pour être distribuer. En tout cas, le réalisateur de Blue Ruin continue son chemin, et c'est cool.

Les Ardennes : Le petit frère se tape la meuf du grand déglingué violent pendant qu'il est en prison. Il en sort deux ans après, et très vite c'est la grosse merde. Un polar belge assez frappé et un peu lent au démarrage, qui finit par exploser dans une dernière demi-heure pas loin d'être époustouflante. Avis aux amateurs du genre, ce film là est pas mal du tout. En plus la scène pivot est totalement centrée autour de crêpes, et c'est un point important à souligner.

Everybody Wants Some: Le nouveau film de Richard Linklater est passé un peu inaperçu, parce que quand même à part Boyhood le grand public s'en bat un peu les rognons de son cinéma indie qui parle du temps qui passe et de la jeunesse rock'n roll. Pourtant il a quelque chose de très particulier : c'est un peu une sorte d'American Pie mais version artiste. On suit l'équipe de baseball d'une université dans les trois jours qui précédent le début de l'année, et leurs tentatives de lever des meufs. Le film est donc extrêmement centré sur les personnages masculins, la jeunesse, l'identité culturelle... il pourrait être dérangeant si ce n'était pas quelqu'un de confiance comme Linklater aux commandes, pour ne pas dire ouvertement sexiste. Au contraire, le film est outrageusement réaliste : ayant fait partie d'une équipe de sport à l'université, je peux attester de la véracité de cette représentation non moralisatrice, mais qui reste clairement passéiste.

Hardcore Henry: Premier film d'action tourné entièrement en vue subjective, comme un jeu vidéo. Cette première phrase est en fait, assez fausse : Hardcore Henry ne mérite pas d'être appelé film, et il n'est pas "comme un jeu vidéo", il est exactement identique à un mauvais jeu vidéo. C'est bien simple, cette immondice est une insulte aux fans de jeux vidéos puisqu'il en prend la majorité des traits négatifs comme la linéarité et l'objectification de la femme, et conserve certains éléments qui hors d'un contexte de jeu vidéo n'ont plus aucun sens. La vue subjective par exemple : l'empathie est créé au cinéma par le fait de voir un personnage ressentir, pas par une interprétation littérale de "voir le monde comme il/elle le voit". Certes, certains passages spectaculaires sont intéressants et impressionnants, mais uniquement parce qu'on se demande comment ils l'ont fait, donc pas pour le film en tant qu'oeuvre. Infect, infect, infect.

High Rise: Adaptation du roman par un réalisateur qui commence à faire parler de lui ; c'est un film sur le futur du passé où on suit les nouveaux habitants d'un immeuble inspiré par la révolution architecturale Le Corbusier. A l'intérieur se mélangent la haute bourgeoisie, la petite et la classe d'en bas... sauf qu'ils ne se mélangent uniquement par le chaos, la baston, le sexe et la destruction. Je vais être clair, je n'ai aucune idée de comment parler de ce film ; il n'a aucune logique structurelle, pas d'évolution dramatique des personnages, c'est juste une sorte de spirale de démence sans aucune limite, où l'image et les mots défient le spectateur constamment. Exténuant pour certains, jubilatoire pour d'autres, je le recommande à tous ceux qui comme moi pense faire partie de la seconde catégorie. Ah oui j'oubliais : la première scène du film, c'est Tom Hiddleston qui mange un chien.

mardi 19 avril 2016

Les Malheurs de Sophie : Christophe Honoré fait la bombe

Une amie l'a dit bien mieux que je ne saurais le faire : "il y a ceux qui ont grandi en lisant Les Petites Filles Modèles, et les autres".


Ce que cela veut dire, c'est que nombreux sont les enfants qui ont grandi et appris à lire avec la Comtesse de Ségur, et tout particulièrement avec sa trilogie narrant, justement, Les Malheurs de Sophie. Bon, il faut aussi être honnête : nous sommes aussi beaucoup à avoir vu le dessin animé qui passait pendant les grandes vacances, mais on accède à la culture comme on le peut, hein. Ce qui compte, c'est que ces livres et leur morale - aussi casse-gueule et rétrograde qu'elle puisse être parfois, notamment dans ses penchants catholiques - ont une importance considérable pour beaucoup.


 Alors forcément, quand une adaptation filmique est annoncée, il y a de quoi prendre peur. Certes ce sont des livres pour enfants, mais est-ce que l'on peut imaginer cette oeuvre adaptée actuellement, pour les enfants au cinéma ? Parce que, on l'oublie assez aisément, ce sont des histoires affreuses ! Sophie, qui selon ses dires est inspirée de la Comtesse elle-même, est une petite fille indéniablement horrible au début de l'histoire. Elle a tout ce que les enfants ont de cruel en elle.


Donc, c'est risqué. Mais c'est un pari à prendre, et Christophe Honoré, car c'est lui qui réalise et a écrit le film, les paris, il leur tord le cou façon warrior. Héritier bâtard de la Nouvelle Vague et de Jacques Demy, Christophe Honoré n'a jamais tourné avec des enfants avant mais il a toujours raconté le monde de manière enfantine, avec des mots qui sonnent si plein de couleurs qu'ils révèlent la noirceur du monde avec mélancolie. Que l'on soit donc clair comme de l'eau de caillou : le film, c'est les Malheurs de Sophie, de Christophe Honoré. En bon auteur, il s'est totalement approprié le personnage et l'univers pour le réarranger à sa sauce (Honoré, c't un peu le Zack Snyder français du coup, il adapte le Comtesse de Ségur Universe selon SA vision). C'est-à-dire en y mélangeant allègrement deux éléments : la cruauté des livres, et la légèreté de l'enfance. A son contact, Sophie devient dotée d'une curiosité et d'une insouciance touchantes ; même Madeleine, Camille, Marguerite et Paul dans cette version se comportent plus comme des enfants que comme des poupées de cire, qui feraient toujours bien attention de ne pas rester au soleil.
(Et d'ailleurs, il faut que je le mentionne quelque part : Sophie devient aussi métisse ici. Christophe Honoré prouve ainsi que même dans un film d'époque, on peut donner des rôles à d'autres comédiens que des blancs, et ça c'est quand même putain de rafraîchissant et d'encourageant. Parce que faut quand même le dire aussi : la maman de Sophie, Mme de Réant, qui est donc interprétée par Golshifteh Faharani, est époustouflante et bouleversante dans le film. Donc, prends-toi ça dans les dents, racisme subversif !)


Cela permet de donner un fond de joie à une histoire absolument terriblement dramatiquement et d'autres adverbes en ment triste. C'est super, méga, giga, hyper, ultra, triste cette histoire, et ceux qui ont lu les livres le savent mais ne s'en souviennent sans doute pas. C'est pourquoi lorsque Christophe Honoré permet à tous ses enfants de jouer, rire, hurler, faire les pitre et les clowns et les saltimbanques, son film respire et nous aussi. De par son originalité notamment dans sa structure, il est probable que Les Malheurs de Sophie ne séduira pas tous les publics, mais ce qui est certain, c'est qu'il ne laissera personne indifférent. Il fait ressentir des choses, de la boule au ventre, aux larmes, aux éclats de rire scintillants. Et c'est en partie grâce à l'éternel compatriote, camarade et amant filmique de Christophe Honoré, le compositeur Alex Beaupain qui signe une partition d'une richesse picsoutienne (adjectif basé sur le mot Picsou, quoi ça vous pose un problème), avec notamment une chanson qui m'est restée dans la tête pendant plusieurs jours.



Les éclats de rire, justement, arrivent assez tard dans le film ; et c'est bien normal, car ils sont déclenchés par Madame de Fichini, interprétée par Muriel Robin, qui nous a aussi bien faire rire avant la séance d'avant-première, en se moquant du fait que le public était majoritairement composé d'adultes et en demandant à une fille de 35 ans où étaient ses parents. Franchement, comment je peux dire ça autrement : elle était incroyable ! Vraiment, vraiment, vraiment affreuse et tellement choquante que terriblement drôle. Les réactions de la salle étaient tout à fait révélatrices.


Les Malheurs de Sophie est un film qui se voit en famille, ou avec ses proches ; avec des personnes qui comprennent l'attachement à ces histoires, ou à Christophe Honoré. Avec des ami-e-s qui sont conscient-e-s de la tristesse du monde, et de la beauté de l'enfance. Et je suis heureux d'avoir pu le voir de cette manière ; il apporte ainsi une belle conclusion à une histoire très personnelle, qui aura commencé un vendredi soir dans mon appartement, sous le secret d'un dossier MK2. Je le recommande plus que chaudement, je le recommande donc... incendiairement ?


Et puis s'il y a des gens parmi vous, lecteurs-ices fidèles et intrépides (coucou), qui sont des fans intenses de Paul, sachez que ce cher Paul a droit à deux séquences mémorables, dont une qui restera sans aucun doute mon moment cinéma préféré de l'année 2016. Et je pèse mes mots. Et ils ne sont pas très lourds, vu qu'ils ne sont que numériques, en fait.

dimanche 17 avril 2016

Le Livre de la Jungle : Limitations de l'imitation

Un petit humain nommé Mowgli a grandi dans la jungle élevé par les loups. Mais l'équilibre des espèces est menacé lorsque le terrible tigre Shere Khan s'en mêle ; Mowgli pourra-t-il continuer à vivre dans la jungle, ou bien devra-t-il retrouver le monde de ses semblables ?

Avec Neel Sethi, Bill Murray, Ben Kingsley, Idris Elba, Lupita Nyong'O, Scarlet Johansson et Christopher Walken.
Un film de John Favreau.



Un an après Cendrillon, Disney poursuit sa quête toujours bizarre mais acharnée de refaire ses classiques d'animation en film live. Et on peut continuer à se demander pourquoi un tel sacrilège, nous enfants qui avons appris à marcher en regardant Mowgli se prendre pour un éléphant, mais voilà, il faut voir les choses en face : les gens de Disney savent exactement ce qu'ils font. Ils l'ont prouvé avec le Cendrillon de Kenneth Branagh qui était tout bonnement excellent, et ils le prouvent une nouvelle fois avec Le Livre de la Jungle.

Non pas que tout soit réussi, attention. Mais ils ont compris quelque chose d'essentiel : cela ne sert à rien de refaire le dessin animé tel quel. L'histoire de Mowgli est riche, sa morale... plus que complexe (Kipling et le fardeau de l'homme blanc, tout ça...), et s'inspirer de sa trame d'origine pour en faire une oeuvre différente, voilà qui serait fascinant.


Du coup, Favreau et son équipe ont décidé d'en faire une fresque épique, riche en décors hauts en couleurs et en animaux majestueux - des loups claniques aux éléphants semi-divinisés -, sur un conflit à la limite du shakespearien entre un tigre dominateur sa mère, et un enfant perdu dans les méandres sinueux et sournois de sa quête existentielle. Le film fonctionne dès qu'il entre dans cette représentation épique, et John Favreau n'a jamais été aussi expressif en matière de représentation de l'héroïsme. Un comble pour un type qui a fait les deux premiers Iron Man ! Voir Mowgli courir partout dans la jungle, escalader des arbres façon Tarzan miniature, voir les animaux s'affronter comme des titans (Baloo vs Shere Khan les gars, c'est un peu démentiel à quel point ça défonce), jusqu'au face à face final, au cœur du brasier, à la David contre Goliath. Le tout est porté par une musique très riche et expressive de John Debney, que les grands connaisseurs reconnaîtront comme... le compositeur de la musique du manoir hanté du parc Disneyland Paris. Oui, j'ai dit grands connaisseurs.
Ce que j'ai préféré personnellement dans le film, c'est la représentation des humains tels que les voit Mowgli : ce ne sont que des silhouettes éclairées par le feu. En utilisant une imagerie immédiatement réminiscente de la caverne de Platon, Favreau nous montre la distance qui existe entre leur monde et celui d'un petit homme qui n'en a que le nom.


Donc tout ça, c'est génial, mais. Car il y a un mais, et même deux maintenant si vous savez compter. Le film ne fonctionne pas dans sa totalité, et c'est précisément parce qu'il tente aussi de faire des clins d’œils plus ou moins appuyés au dessin animé d'origine. Très mauvaise idée ! Parce que tout simplement, ils ne s'accordent pas du tout avec l'angle d'approche du film. Ainsi, toute la séquence avec Baloo ressemble plus à un cheveu dans la soupe de miel, tout comme la chanson du roi des singes, qui ici aussi paraît très étrange. C'est aussi dans ces moments que Favreau tente d'installer la morale du film... qui est super méga casse gueule. Les humains sont mieux que les animaux parce qu'ils savent inventer des outils ? Il ne faut pas vivre ailleurs qu'avec ses semblables ? Le fil rouge de la structure morale, essentielle dans tout film pour enfants, n'est pas clair.


Et ça, j'ai envie de dire tant mieux : car au final, dans cette version du Livre de la Jungle, on a l'impression que toutes les tentatives de morales contradictoires sont anéanties par l'affrontement final. C'est-à-dire que toutes les réflexions s'effondrent face à la nécessité de survie... ce qui fait des vingt dernières minutes du film une sorte de remake de Predator mais pour les enfants.

Il est clair que cette version ne plaira pas à tout le monde ; les clins d'oeils ne seront pas assez pour des puristes, l'angle d'approche épique et primal sera trop pour d'autres... mais dans sa tentative de ne pas imiter pour innover, Favreau construit une oeuvre qui a quelque chose de fascinant, et également son film le plus intéressant à ce jour.